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La phagothérapie est une approche thérapeutique encore assez peu utilisée en France, mais d’une redoutable efficacité contre les bactéries. Il s’agit en réalité d’une pratique ancienne (sa découverte remonte aux années 1910) qui a été abandonnée par la médecine moderne. On a néanmoins tendance à y revenir à l’heure où l’antibiorésistance devient de plus en plus importante. Voyons plus en détail dans notre article en quoi consiste la phagothérapie, quelles sont ses caractéristiques et ce qu’elle est capable de traiter.

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Phagothérapie : la question des phages

Les phages sont des virus naturels qui ont pour particularité d’être capables de détruire les bactéries (on parle aussi de bactériophages). La spécificité des phages est d’être actifs sur une seule bactérie. Ainsi, chaque bactériophage est capable de combattre et de détruire une bactérie en particulier sans endommager les cellules humaines, animales ou végétales voisines (par opposition aux antibiotiques qui ont un spectre très large).

Dès les années 1920 (quelques années après leur découverte), leur étude prend son essor, notamment en Union soviétique où les phages font merveille pour lutter contre diverses infections bactériennes.

La phagothérapie, efficace sur les superbactéries

La phagothérapie désigne donc l’utilisation de ces virus que sont les phages pour combattre les bactéries. On en recense environ 6 000, chacun associé à une seule bactérie ; ils sont classés comme médicaments par l’Union européenne depuis 2011.

L’avantage majeur des phages est donc d’être efficaces contre les bactéries, y compris celles qui sont devenues antibiorésistantes. Surtout, les phages ne laissent pas le temps aux bactéries de s’adapter.

En effet, d'une part, contrairement aux antibiotiques qui détruisent tout sur leur passage (aussi bien les bactéries nuisibles que les bactéries utiles comme celles qu’on trouve dans les intestins et qui participent à la digestion des aliments), les phages n’affectent pas la flore intestinale (naturellement constituée de bactéries) ; d’autre part, les phages ciblent des bactéries précises (sans s’intéresser aux autres cellules) et sont capables d’évoluer et de s’adapter de façon coordonnée avec elles, les empêchant ainsi de mettre en place des résistances.

Les différents usages de la phagothérapie

La phagothérapie est donc intéressante à utiliser dans toutes les pathologies liées à une infection bactérienne, en particulier celles qui résistent aux antibiotiques classiques dans les domaines :

Mais son utilisation est plus vaste, puisque grâce à elle on peut favoriser par exemple les greffes de peau qui sont connues pour être périlleuses en raison des infections qu’elles risquent de présenter (infections par la bactérie Pseudomonas aeruginosa).

Phagothérapie : ses applications

En pratique, l’administration des bactériophages peut se faire :

  • directement sur des plaies ou des fractures infectées en mettant en place un drain à l’occasion d’une intervention chirurgicale ;
  • localement, en appliquant des compresses de gaze imprégnées de phages (il faut nettoyer la zone à traiter sans utiliser d’antiseptiques puisque ceux-ci détruisent les phages) ;
  • par nébulisation (on fait inhaler les phages en suspension dans un gaz) pour les infections pulmonaires ;
  • avec des collyres pour les infections oculaires ;
  • plus rarement, avec des injections intraveineuses pour les infections digestives.

Le traitement en lui-même est assez court, en général deux à trois semaines. Outre son efficacité, il se révèle aussi beaucoup moins coûteux que les antibiotiques.

Phagothérapie : que dit la loi ?

Le principal problème réside dans le fait que les phages sont des virus et que les autorités de santé ne légifèrent pas encore sur leur utilisation… D’autant que la formulation de préparations normalisées et stables qu’il serait possible de commercialiser est difficilement envisageable.

De plus, les laboratoires qui ne peuvent pas breveter des phages issus de la nature sont assez peu intéressés et n’ont pas spécialement intérêt à voir la phagothérapie se développer.

Ainsi, aucun phage n'est encore officiellement autorisé chez l'homme tant que des essais cliniques qui peuvent prendre de nombreuses années et qui coûtent cher n’ont pas été menés.

Atouts de la phagothérapie face à l’antibiothérapie

Depuis les années 2000, des biologistes français de l’Institut Pasteur mènent des recherches et redécouvrent peu à peu la phagothérapie qui avait été éclipsée par l’antibiothérapie dans les années 1930.

Antibiorésistance

Les antibiotiques ont longtemps représenté un traitement de choix face aux infections bactériennes plus ou moins sévères. Mais depuis quelques années, les bactéries parviennent à s’adapter et deviennent ainsi résistantes à tous ces traitements jusque-là efficaces. Avec certaines bactéries multirésistantes (superbactéries), même les antibiotiques les plus puissants deviennent inefficaces avec tous les dangers que cela suppose, notamment les infections nosocomiales (consécutives à des soins reçus en milieu hospitalier) impossibles à traiter.

Les phages à la rescousse

Ainsi, la phagothérapie pourrait constituer une aide précieuse si on décidait de la coupler à l’antibiothérapie. Cela reviendrait en effet à combiner l’action globale des antibiotiques à l’action ciblée des phages.

Les traitements réalisés en Géorgie montrent que cette thérapie est d’une redoutable efficacité, puisque des patients dont l’état de santé était jugé dramatique ont été sauvés de la mort grâce aux phages.

Absence d’effets secondaires

De plus, contrairement aux antibiotiques qui sont connus pour leurs effets secondaires délétères (outre la destruction de la flore intestinale, les risques d’allergie et de toxicité pour le foie ou les reins sont importants), les phages n’entraînent aucun effet indésirable grave. D’autant qu’il n’y a pas de dose toxique connue, contrairement aux antibiotiques.

L’action des bactériophages est donc rapide, instantanée (si la bactérie à cibler a été correctement identifiée) et sûre. En effet, en ne s’attaquant qu’à une seule bactérie, les phages n’affectent pas la flore intestinale (et préservent ainsi le microbiote) ni les bactéries qui sont naturellement présentes sur les muqueuses ou sur la peau.

Les phages n’ont donc aucun retentissement sur les cellules qui participent au bon fonctionnement de l’organisme, d’où l’absence d’effets secondaires.

Facilité d’accès

Autre avantage de la phagothérapie : elle est très facile à mettre en place, sans coût important. En effet, les phages sont présents dans la nature, dès qu'il y a des bactéries. Il est donc relativement simple d’en trouver partout où il y en a besoin, notamment dans l’eau (eaux usées, rivières, fleuves, etc.).

Il suffit de prélever des échantillons d’eau et de les mettre en présence des bactéries que l’on souhaite combattre. Si dans l’échantillon se trouve un bactériophage qui reconnaît « sa » bactérie cible, celle-ci sera aussitôt attaquée (parasitée), ce qui entraînera dans le même temps la multiplication exponentielle du phage. Après quelques heures de contact, il ne reste plus qu’à filtrer le mélange dans lequel il ne reste plus que les bactériophages qui restent actifs.